Khartoum est sans doute une des villes pour lesquelles nous avons le moins de représentations en tête : même sans n’y avoir jamais mis les pieds, chacun a une vague idée de ce à quoi ressemblent Dakar, Alger, Stockholm ou Tokyo. Mais Khartoum, bigre… ça n’a pas l’heur de faire partie de notre (ex) pré carré, ce n’est pas au catalogue Nouvelles Frontières… Envoyé Spécial s’est plutôt spécialisé sur le Darfour, Thalassa sur la Mer Rouge, mais sur Khartoum, nib.
Alors, d’abord, le lieu : au confluent du Nil Bleu et du Nil Blanc, le site est exceptionnel. Un peu comme Lyon avec son quartier historique « entre Rhône et Saône ». Mais la comparaison peut s’arrêter là : il existe à part ça peu de ressemblances entre Lyon et Khartoum… et à côté des Khartoumiens (Khartoumois ?) les Lyonnais passeraient presque pour de joyeux drilles insouciants et exubérants, c’est dire.
Alors, d’abord, le lieu : au confluent du Nil Bleu et du Nil Blanc, le site est exceptionnel. Un peu comme Lyon avec son quartier historique « entre Rhône et Saône ». Mais la comparaison peut s’arrêter là : il existe à part ça peu de ressemblances entre Lyon et Khartoum… et à côté des Khartoumiens (Khartoumois ?) les Lyonnais passeraient presque pour de joyeux drilles insouciants et exubérants, c’est dire.
Ensuite le climat : chaud l'hiver, brûlant l'été, suffocant à la saison des pluies. Les températures actuelles varient de 45° à l'ombre (mais, selon la blague éculée, y a pas un poil d'ombre...) durant la journée à un frisquet 32° la nuit.
Ensuite la taille : 10 millions ? 12 millions ? Comme pour Le Caire ou Istambul, on a renoncé à faire fonctionner le compteur depuis longtemps. On ne sait plus trop si c'est la ville qui a absorbé ses banlieues ou les banlieues qui ont fini par digérer la ville. Comme dans beaucoup d’autres cités de l’ex-empire Britannique, il y a d’une part le quartier aussi historique que bordélique, avec ses souks, son architecture, son histoire : c’est Omdurman, sur la rive Ouest du fleuve. Malheureusement déclaré « no go area » suite à l’attaque menée par les rebelles du Darfour sur le quartier il y a un peu plus de 2 semaines. Malesh… ce sera pour une autre fois.
D’autre part, héritage Britannique suite, au sud du Nil se trouve le quartier moderne, tracé au cordeau, où se concentrent la plupart des Ministères, Ambassades, bureaux et shopping centers. Hasard extraordinaire, c’est également dans ce quartier que se trouvent la quasi-totalité des rues goudronnées et des arbres.
Depuis peu y ont également poussé quelques beaux spécimens du fameux bon goût en vigueur dans le Golfe lorsque les investisseurs de la région se mettent en tête de réaliser avec force béton, verre fumé et marbre, la représentation qu’ils se font de leur bite. C’est puissant, massif et clinquant, ça en impose le jour et ça clignote la nuit… y a pas à dire, par ici l’architecture n’est pas affaire de tafiole.
Le quartier ACF est central… selon les standards en vigueur pour les ONG, pour lesquelles le centre d’une ville est représenté par le siège de la Croix Rouge, de MSF ou d’une agence UN. A Karthoum, c’est MSF – Suisse qui représente le soleil de ce système, et nous avons installés nos bureaux sur le trottoir d’en face. Pour le reste, nous sommes à 5 min. de l’aéroport et vingtaine de minutes au sud du Nil.
Organisation classique : une maison, relativement grande, sur un terrain clos de hauts murs : c’est le bureau. La même ou à peu près à quelques centaines de mètres de distance : c’est la guesthouse, i.e le lieu de vie de l’ensemble des expats ACF.
Dans les deux, un nombre impressionnant de chauffeurs, gardiens, cuisiniers, femmes de ménage… les ONG sont bien souvent les principaux employeurs d’une ville, qu’il s’agisse du nombre d’employés comme du niveau des salaires ; et cela a des impacts non négligeables sur le marché du travail. Impacts positifs ou négatifs, vaste débat… ce qui est sûr c’est que lorsqu’une mission ferme c'est un tsunami économique (et tout cela est encore démultiplié lorsqu’il s’agit non plus d’ONG mais d’agences UN).
Je pose mon sac dans la chambre qui m’a été attribuée. Mobilier spartiate, déco inexistante, propreté relative… je comprends pourquoi on appelle ça une guesthouse : j’ai connu les mêmes en Inde, catégorie « moins de 10 roupies ». Mais malgré tout agréable à vivre. Je monte à l’étage, où la grande salle commune et l’immense terrasse servent de lieu de vie sympathique et convivial à toutes les personnes – de passage ou en mission longue - qui composent cette
ruche.
J’y fais la connaissance de Philippe, qui fait une recherche pour le CNRS dont le sujet est : « les conséquences des concentrations de population dans le cadre des déplacements contraints ». Effectivement, il pouvait difficilement rêver meilleur terrain de recherche que le Darfour. Discussion passionnante : je serai toujours un peu jaloux de ces personnes qui sont capables tout à la fois de soutenir une thèse de doctorat à Paris devant un public d’initiés, puis de passer 3 mois à parcourir à dos d’âne des territoires qui n’ont plus vu de blancs depuis que Livingstone y a fini au fond d’une marmite. Grâce à lui, ACF dispose de « context analysis » de luxe. Cf. plus loin « Darfur for dummies ».
Ensuite la taille : 10 millions ? 12 millions ? Comme pour Le Caire ou Istambul, on a renoncé à faire fonctionner le compteur depuis longtemps. On ne sait plus trop si c'est la ville qui a absorbé ses banlieues ou les banlieues qui ont fini par digérer la ville. Comme dans beaucoup d’autres cités de l’ex-empire Britannique, il y a d’une part le quartier aussi historique que bordélique, avec ses souks, son architecture, son histoire : c’est Omdurman, sur la rive Ouest du fleuve. Malheureusement déclaré « no go area » suite à l’attaque menée par les rebelles du Darfour sur le quartier il y a un peu plus de 2 semaines. Malesh… ce sera pour une autre fois.
D’autre part, héritage Britannique suite, au sud du Nil se trouve le quartier moderne, tracé au cordeau, où se concentrent la plupart des Ministères, Ambassades, bureaux et shopping centers. Hasard extraordinaire, c’est également dans ce quartier que se trouvent la quasi-totalité des rues goudronnées et des arbres.
Depuis peu y ont également poussé quelques beaux spécimens du fameux bon goût en vigueur dans le Golfe lorsque les investisseurs de la région se mettent en tête de réaliser avec force béton, verre fumé et marbre, la représentation qu’ils se font de leur bite. C’est puissant, massif et clinquant, ça en impose le jour et ça clignote la nuit… y a pas à dire, par ici l’architecture n’est pas affaire de tafiole.
Le quartier ACF est central… selon les standards en vigueur pour les ONG, pour lesquelles le centre d’une ville est représenté par le siège de la Croix Rouge, de MSF ou d’une agence UN. A Karthoum, c’est MSF – Suisse qui représente le soleil de ce système, et nous avons installés nos bureaux sur le trottoir d’en face. Pour le reste, nous sommes à 5 min. de l’aéroport et vingtaine de minutes au sud du Nil.
Organisation classique : une maison, relativement grande, sur un terrain clos de hauts murs : c’est le bureau. La même ou à peu près à quelques centaines de mètres de distance : c’est la guesthouse, i.e le lieu de vie de l’ensemble des expats ACF.
Dans les deux, un nombre impressionnant de chauffeurs, gardiens, cuisiniers, femmes de ménage… les ONG sont bien souvent les principaux employeurs d’une ville, qu’il s’agisse du nombre d’employés comme du niveau des salaires ; et cela a des impacts non négligeables sur le marché du travail. Impacts positifs ou négatifs, vaste débat… ce qui est sûr c’est que lorsqu’une mission ferme c'est un tsunami économique (et tout cela est encore démultiplié lorsqu’il s’agit non plus d’ONG mais d’agences UN).
Je pose mon sac dans la chambre qui m’a été attribuée. Mobilier spartiate, déco inexistante, propreté relative… je comprends pourquoi on appelle ça une guesthouse : j’ai connu les mêmes en Inde, catégorie « moins de 10 roupies ». Mais malgré tout agréable à vivre. Je monte à l’étage, où la grande salle commune et l’immense terrasse servent de lieu de vie sympathique et convivial à toutes les personnes – de passage ou en mission longue - qui composent cette
J’y fais la connaissance de Philippe, qui fait une recherche pour le CNRS dont le sujet est : « les conséquences des concentrations de population dans le cadre des déplacements contraints ». Effectivement, il pouvait difficilement rêver meilleur terrain de recherche que le Darfour. Discussion passionnante : je serai toujours un peu jaloux de ces personnes qui sont capables tout à la fois de soutenir une thèse de doctorat à Paris devant un public d’initiés, puis de passer 3 mois à parcourir à dos d’âne des territoires qui n’ont plus vu de blancs depuis que Livingstone y a fini au fond d’une marmite. Grâce à lui, ACF dispose de « context analysis » de luxe. Cf. plus loin « Darfur for dummies ».
Les autres membres de cette micro - société sont à l'image de ce qui se rencontre habituellement au sein de la grande famille humano : plutôt jeunes, faux cools et vrais professionnels (l'inverse est évidemment possible mais heureusement plus rare), tous différents et pourtant tous assez semblables. Les nouveaux se reconnaissent à un idéalisme sans faille, les plus anciens affichent un cynisme de bon aloi. Le tout crée un espace de discussion ouvert où chacun peut trouver sa place facilement, à condition de rester dans "la ligne". J'y recueille les dernières nouvelles du front : embarquement demain à l'aube.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire